Jeunes : l’heure de la reconstruction technique
Haut niveau

Jeunes : l’heure de la reconstruction technique

7 décembre 2017 - Haut Niveau / Karaté

Alexandre Biamonti, entraîneur national jeune, dresse le bilan de la Coupe de France de Karaté Cadets/Juniors qui se tenait le week-end dernier à Orléans. Une coupe qui a permis un rassemblement des entraîneurs de Ligue « dont l’objectif est d’impulser un travail technique basé sur notre savoir-faire français » explique Yann Baillon, le directeur des équipe de France.

A.Biamonti : « Beaucoup de surprises ! »

« Sur le dernier Championnat du Monde à Tenerife, dans les catégories cadets/juniors, nous avons constaté un déficit technique de nos combattants. Ils ont une palette plus large que certaines nations fortes, comme l’Egypte, le Japon ou l’Iran, mais toutes ces techniques ne sont pas bien maîtrisées au contraire des trois pays cités. Eux utilisent deux ou trois techniques, pas plus, qu’ils exploitent à la perfection, ce qui leur permet de faire la différence » explique Alexandre Biamonti, coach de l’équipe nationale jeune, avant d’ajouter : « En France, nos jeunes karatékas peuvent gagner s’ils sont motivés, agressifs, physiques et tactiques. C’est ce qui s’est produit ce week-end à Orléans. On a assisté à quelques confirmations mais aussi beaucoup de surprises. »

© Denis Boulanger / FFK
© Denis Boulanger / FFK

Au rayon confirmation, chez les cadets, les deux lourds masculins sont au rendez-vous. Rabie Houllich (+70kg) et Hugo Heim (-70kg) « font le job. Je citerais également Anthony François qui était avec nous à Tenerife. Il est monté en -70kg et s’incline en finale face à Hugo. Ils enchaînent les « Monde » et un résultat national. Belle performance de Damien De Barros, qui bat le « titulaire » Hazem Dawoud en finale et réalise ainsi le doublé : Open Adidas / Coupe de France. Les filles, pour leur part, manquent de régularité, c’est d’ailleurs ce qui caractérise en général les jeunes de cet âge : un jour ils peuvent tout emporter et le lendemain être méconnaissables. Dans leur maîtrise technique, ils doivent trouver cette confiance, cette assurance qui peut leur faire défaut en début de compétition par exemple. On en revient toujours au même point. »

« Pour les juniors, la donne est à peu de chose près la même. Nous avons Kilian Cizo (-68kg) qui confirme après son podium mondial, en gagnant en individuel et en équipe. Bonne performance de Milton Boisseron (-55kg), qui remporte l’Open Adidas et la Coupe. Dans la catégorie supérieure (-61kg), Enzo Berthon et Jimmy Humbert ont chacun gagné une épreuve nationale. Raybak Abdesselem (-76kg) et Yaël Joly (+76kg) vont au bout également. Chez les féminines, Manon Martinez et Assia Oukhattou qui étaient titulaires à Tenerife, conservent leur suprématie sur le plan national. »

© Denis Boulanger / FFK
© Denis Boulanger / FFK

« En règle générale, il faut que les athlètes n’aient pas le crainte de perdre mais l’envie de gagner. Beaucoup d’entre eux travaillent à l’instinct. Il faut garder cette composante tout en améliorant leur efficacité technique par le travail des fondamentaux au quotidien, comme peut le faire Roger Federer qui répète inlassablement son coup droit. Nos jeunes doivent faire des gammes pour maîtriser les fondamentaux. » ponctue le nonuple champion d’Europe individuel.

Résultats 

Y. Baillon : « La technique, notre fil conducteur »

Yann Baillon et l’ensemble du staff tricolore abondent dans ce sens. Le salut viendra de la maitrise technique des jeunes karatékas tricolores.

Pourquoi avoir convoqué les entraîneurs de Ligue, vendredi dernier, à la veille de la Coupe de France cadets/juniors ?

Ce rassemblement s’inscrit dans la volonté d’améliorer notre détection, à travers des critères tournés vers la technique et pas uniquement sur la vitesse, l’explosivité ou autres. Les entraîneurs de clubs, de comités, de zones doivent connaitre les critères requis pour que leurs jeunes intègrent les pôles, voire les sélections nationales … et c’est aux entraîneurs de Ligue de faire passer ce message. Cette communication est essentielle pour qu’à toutes les strates de l’échelon national, il y ait une dynamique commune. Nous attendons de leur part qu’ils détectent des jeunes sur des critères techniques précis, tout en animant des stages régionaux basés sur un travail commun, une « méthode française ». Cet échange a été apprécié par les entraîneurs de Ligue et l’idée est de le proposer aux entraîneurs de club.

Pouvez-vous nous en dire davantage au niveau de ces prochaines étapes ?

Dans le très court terme, nous allons créer en amont des compétitions jeunes, pour ceux qui le souhaitent, des regroupements avec les entraîneurs de clubs afin qu’ils assimilent également cette dynamique. Les jeunes sélectionnés en Pôle ou en équipe nationale doivent arriver lors des stages nationaux de préparation, en maitrisant les fondamentaux techniques. Avant Tenerife, nous avons passé trop de temps à revoir – voire à apprendre – des gestes fondamentaux à des jeunes sélectionnés. Un stage national ce n’est pas fait pour cela. Les jeunes doivent arriver en stage en étant prêts. Un stage national est fait pour créer une dynamique, une cohésion de groupe, travailler la tactique mais aussi les préparer à des profils de compétiteurs qu’ils n’ont pas forcément l’habitude de rencontrer. C’est donc en amont de ces stages, lors d’un travail quotidien avec le professeur de club, que le jeune doit apprendre à maîtriser les techniques de base. A l’issue de la Coupe de France, j’ai d’ailleurs rassemblé les entraîneurs des athlètes qui ont gagné la compétition pour leur expliquer que tous ne seront pas sélectionnés pour les prochains championnats d’Europe à Sotchi, car certains ne sont pas prêts. Nous partirons donc avec un effectif réduit. J’ai expliqué également que l’année 2018 sera chargée avec trois objectifs chez les jeunes : l’Euro (Février 2018), les Gymnasiades (Mai 2018) et les Jeux Olympiques de la Jeunesse (Novembre 2018). Autant d’échéances qu’il faut préparer au mieux car il y a dorénavant cette perspective olympique à tous les étages, chez les jeunes comme chez les seniors.

Les jeunes ne sont donc pas mis de côté ?

Les Jeux Olympiques de Tokyo vont nous demander un gros investissement en temps et en énergie. La mise en place de cette « méthode française » basée sur la technique, doit nous permettre de préparer les générations futures, tout en impliquant l’ensemble des acteurs de la performance sur le plan national. A travers cette transmission et l’explication claire de nos besoins nationaux, aux différents entraîneurs de club et de Ligue, nous allons gagner du temps tout en perfectionnant notre approche. Enfin, à l’image du sur classement de certains juniors lors de la Coupe de France seniors à Lille, nous allons tenter d’apporter plus de maturité et d’expérience à nos jeunes, en les confrontant à des catégories d’âges supérieures.