La FFK sur le toit de l’Afrique !
FFK

La FFK sur le toit de l’Afrique !

29 novembre 2017 - FFK / Karaté

Le logo de la Fédération Française de Karaté qui flotte au sommet du Kilimandjaro ? C’était le défi un peu fou, de Romain Lafitte, aujourd’hui karatéka 6ème dan et Directeur Technique Départemental (DTD) de la Loire, qui depuis 2008 s’est découvert une passion pour l’alpinisme. Cette année, c’est le toit de l’Afrique qu’il défiait avec ses compères… Il nous raconte son aventure, et explique les nombreux parallèles entre le karaté et l’alpinisme.

© Droits réservés / FFK
© Droits réservés / FFK

Rencontre d’un karatéka avec l’alpinisme

Ses débuts en alpinisme, Romain Lafitte les doit à l’un de ses amis, Christophe Perrin, qui l’a « initié en 2008, en [l’] emmenant faire [son] premier 4000 mètres, le Dôme des Ecrins ». Si cet univers inconnu est une révélation pour le karatéka, alors 5ème dan, cela s’avère également être « une correction, un retour à la ceinture blanche » confesse-t-il volontiers. « Malgré une condition physique correcte, une habitude des activités physiques, et une préparation spécifique, ce que j’ai vécu m’a rapidement ramené à la notion de débutant. Si l’on dit souvent ‘la montagne ça vous gagne’, pour ma part j’ai bien compris que la ‘montagne elle vous gagne, mais surtout, elle gagne toujours !’ » Froid, intempéries, températures extrêmes, manque d’oxygène… R. Lafitte se heurte à une dure réalité, qui l’amènera à douter. « On y va, on n’y va pas ? » Pas question de lâcher prise « avant même que le combat soit entamé » explique-t-il. S’il sera contraint de redescendre, piégé par un froid engourdissant, cela sera une épreuve difficile. « Tout le long de la descente, j’ai ruminé cet échec cuisant mais logique, au vu de mon expérience. Moi qui ne lâchais rien, ma fierté en avait pris un coup… »

© Droits réservés / FFK
© Droits réservés / FFK

Pas du genre à se laisser abattre, il remettra ça quinze jour plus tard, et parviendra à réaliser son tout premier sommet. Une ascension lors de laquelle le parallèle entre le karaté et l’alpinisme a pris tout son sens. « Comme le professeur amène le débutant jusqu’à la ceinture noire, notre guide nous avait emmené jusqu’au sommet. J’avais d’abord échoué, mais il a su prendre d’autres voies, faire aussi en fonction de mon niveau pour m’aider à m’élever jusqu’au sommet. A ce moment-là, je me suis rendu compte, qu’en karaté il est tout aussi essentiel de recommencer, de se remettre au niveau du débutant afin de pouvoir redécouvrir le parcours qui nous a mené jusqu’au grade conféré, et pouvoir à son tour accompagner le débutant dans son parcours. » Ce parallèle, Romain Lafitte le pousse jusqu’à son paroxysme, expliquant que « le guide en montagne est comme le sensei en karaté. L’altitude est similaire aux grades. Etre arrivé au sommet, ou à la ceinture noire, est une victoire en soi, mais pourtant seule la moitié du chemin est réalisée. Une fois arrivé en haut, il faut redescendre, et souvent c’est là le plus périlleux, le plus risqué. Eh bien décrocher la ceinture noire est pour moi comme arriver en haut d’un sommet. Une belle victoire, mais pas une finalité, le reste du chemin est encore vaste et long ! » Et d’ajouter, « en karaté on suit une voie, dans le sens philosophique. Plus qu’un art-martial, il s’agit d’un art de vivre. En montagne, la voie est le chemin qui mène au sommet. Il en existe plusieurs, mais seule la montagne décide de vous les laisser voir ou non. Tout comme le karatéka devra faire une introspection pour trouver sa voie, l’alpiniste doit être en parfaite harmonie avec les éléments qui l’entourent pour suivre la voie. »

S’il y a des points communs, en termes de philosophie, entre le karaté et l’alpinisme, R. Lafitte aime à faire un autre parallèle, entre une ascension et l’arrivée du karaté dans le giron olympique. « En alpinisme on parle de ‘voies’ pour définir les chemins qui peuvent mener jusqu’à un sommet. Plusieurs peuvent vous mener à votre but, mais il faut trouver la bonne en fonction du contexte (intempéries, niveau du groupe…). Il en a été de même avec l’olympisme. Notre président, M. Francis Didier, a parcouru de nombreux sommets, à subit de nombreux échecs, et emprunté de nombreuses voies, avant d’arriver au sommet, et de parvenir à faire entrer le karaté en tant que sport additionnel aux JO ! Mais là aussi, notre fédération est arrivée au sommet, toutefois, il va falloir redescendre prudemment, pour pouvoir réaliser de nouveau ce chemin pour Paris 2024 et espérer que le karaté y soit également représenté. »

2
© Droits réservés / FFK

Formation du groupe des « Marmottes »

Deux ans après son premier sommet, Romain Lafitte rencontre Fabrice Bouchet, 6ème dan et président du CD de Paris, lui aussi passionné de montagne. Avec Christophe Perrin, celui qui a initié Lafitte à l’alpinisme, et Franck Bernigaud, 3ème dan et uke de Romain Lafitte pour son 6ème Dan, ils se réunissent tous les quatre et forment le groupe des « marmottes » lors d’une ascension, en 2015, du Mont Blanc culminant à 4817 m. Liés par cette passion commune, ils graviront plusieurs monts ensemble, avant de décider, il y a deux ans, de se lancer à la conquête des « 7 summits », soit l’ascension des 7 plus hauts sommets de la planète. Après le sommet de l’Elbrouz (5642m), plus haut sommet d’Europe, réalisé en 2016, le groupe décide de se lancer dans l’ascension du toit de l’Afrique, le Kilimandjaro (5895m) en 2017. « C’est une utopie pour les débutants que nous sommes de vouloir réaliser ces sept sommets, mais c’est d’autant plus exaltant pour les passionnés que nous sommes » expose R. Lafitte.

Pourquoi cette volonté de gravir ce sommet ? Pourquoi vouloir emmener le logo fédéral là-haut ? Romain Lafitte explique que « le but est de monter, s’élever, observer, redescendre et partager avec les autres notre expérience, les faire rêver. Aujourd’hui la Fédération a gravi différents sommets jusqu’à s’élever au niveau des jeux Olympiques. Nous voulions imager ce symbole. A noter qu’une fois arrivé en haut, ce drapeau est redescendu avec nous… Il gravira d’autres sommets, à l’image du parallèle fait précédemment : on est aux JO, mais il y a encore du chemin jusqu’à Paris 2024, et même après ! »

A la conquête du toit de l’Afrique, le Kilimandjaro

Ainsi, samedi 28 octobre, le groupe des marmottes, excepté F. Bernigaud, s’envolait pour la Tanzanie, dans le but de monter tout en haut du célèbre Kilimandjaro. Après une première journée riche, entre découverte culturelle, prises des quartiers temporaires et optimisation des bagages… Les marmottes s’endorment avant le grand départ… Lundi 30 octobre, le groupe, composé de 13 alpinistes, et de 27 personnes du staff (guides, porteurs, cuisiniers…), se rend à la Porte Machame (1800m) qui sera le point de départ de leur périple.

© Droits réservés / FFK
© Droits réservés / FFK

Premier objectif : Machame Camp (3000m). Après plus de 4 heures de marche dans « une forêt dense inextricable de caoutchoucs, fougères géantes, bégonias et ficus, qui, au fur et à mesure laissaient place à une végétation différente composée d’hautes herbes et bruyères » le groupe arrivait enfin pour son premier bivouac. Romain Lafitte explique que « chaque jour, dû à l’effort, le taux de saturation d’oxygène dans le sang et le rythme cardiaque se modifient. Afin d’anticiper le Mal des Montagnes (MAM) et l’hypoxie, qui peuvent engendrer un œdème pulmonaire fatal, nous étions tous testés au moment de bivouaquer, et ce chaque jour. » Le lendemain, direction Shira Cave (3840m). « Réveillé par les bruits de l’Afrique, le groupe fait un premier point, et s’encourage dès le petit déjeuner. Certains au terme de cette étape commencent à avoir mal à la tête… Le MAM les guette, mais dans l’ensemble nous pouvons continuer. » Mercredi 1er novembre, « direction Lava Tower (4640m) avant de bivouaquer à Barranco Camp (3960m). La montée est régulière jusqu’au col de Lava Tower, puis nous redescendons vers le camp où nous dormirons, au bord d’un gigantesque canyon. Si nous sommes montés à 4640m pour redescendre ensuite bivouaquer à 3960m, c’est pour nous acclimater et éviter le MAM. En effet, face au manque d’oxygène, le corps va créer des globules rouges supplémentaires, or redescendre en altitude permet de les gorger en oxygène, et d’ainsi pallier à ce manque. » Après une soirée joyeuse (il s’agissait de l’anniversaire de C. Perrin qui fêtait ses 50 ans, ndlr.) le camp s’endormait, avant une journée conséquente en perspective. Entre Barranco Camp et Barafu Camp (4640m), il aura fallu 6h30 de marche avant que le groupe ne puisse de nouveau se reposer. Si les alpinistes sont « aidés par des porteurs, qui [les] soulagent chacun de 12kg » l’altitude et l’effort font que « les jambes commencent à grogner », relate Lafitte. Le MAM continue d’apparaître chez certains, mais les marmottes tiennent le coup « certainement grâce à l’expérience des sommets réalisés par le passé ». Arrivés à cette avant dernière-étape à 18h, le groupe devra repartir dès 23h, afin de s’élancer dans la dernière partie de l’ascension et d’espérer voir le lever du soleil sur le toit de l’Afrique. « En alpinisme, les départs se font très tard le soir, ou très tôt le matin, car la neige est dure et donc plus praticable » explique le DTD de la Loire.

23h45 départ pour le sommet, « dans la nuit ». Une épreuve de 6h15 de marche, au cours desquelles R. Lafitte avoue avoir « réalisé une introspection de [son] chemin, de [sa] vie, de tout ce qui a permis d’en arriver à ce moment. » Froid, sommeil, la difficulté s’accentue pour le groupe, dont deux personnes devront abandonner en cours, dû au MAM. « Nous marchons, éclairés par la lune. Je sens que mon comportement se modifie avec l’altitude. J’ai des sautes d’humeurs, je suis bizarre, je me concentre. Plus que 100m, au cours desquels je contemple la beauté de la nature qui m’entoure. Le soleil se lève, réchauffe mon corps et mon esprit. Enfin ! Je suis au sommet avec mes amis, et le drapeau de notre fédération ! » Hélas, arrivés au sommet, les marmottes, et le reste du groupe ne pourront rester plus de 15mn, car le MAM guette toujours. « Le plus dur reste à faire, expose Lafitte, descendre est bien plus dangereux que monter. » Après deux heures de descente pour revenir au camp de Barafu, le groupe refait les sacs, avant d’entamer l’ultime descente de la journée, jusqu’au camp de base à 3100m. « Les jambes s’en souviennent, souffle Lafitte, il s’agira de la meilleure nuit de cette expédition. Nous avons dormi comme des bébés ! »  Le lendemain descente jusqu’au Mweka Gate (1640m) où l’expédition prendra fin. « Ce n’est pas encore terminé, et il nous faut rester concentrés jusqu’au bout car un accident est si vite arrivé. »

Une aventure humaine

© Droits réservés / FFK
© Droits réservés / FFK

Enfin arrivé sur la terre ferme, Romain Lafitte raconte qu’il était alors temps « de refaire les sacs, de se dire au revoir, mais surtout de se détacher de nos affaires. Au cours de cette expédition j’ai rencontré des personnes qui n’avaient rien, et qui ont tout donné pour nous. Les porteurs qui nous soulageaient de 12kg alors qu’ils n’avaient même pas de chaussures en bon état… Le staff de cuisine qui a improvisé un gâteau pour l’anniversaire de mon ami Christophe, là-haut, en pleine montagne ! Ils ont tout donné pour que nous réalisions notre rêve, la moindre des choses était que je leur rende la pareille à mon échelle. J’ai donc laissé chaussures, pantalon de montagne, vêtement d’alpinisme etc… C’est comme si j’avais mué. 

La montagne enseigne l’humilité, le partage, la solidarité, la compassion et la fraternité. Au départ d’une ascension nous sommes tous différents, mais dans l’adversité, c’est l’unité qui ressort. Sans les porteurs, guides, cuisiniers etc… nous n’y serions jamais parvenu. Nous pourrions comparer cela à un sportif. Quand nous voyons la réussite d’un athlète, on ne voit que son succès, sans penser à toute l’équipe derrière qui a contribué à cette réussite et sans qui rien n’aurait été possible. »

De son expédition Romain Lafitte retient principalement « l’extraordinaire aventure humaine, tant extérieure qu’intérieure. » Il confesse que ce voyage, au-delà de l’aspect sportif, l’a changé intrinsèquement. « Au bout du compte c’est l’humain qui doit être au centre des choses, c’est le plus important. C’est lui la plus grande des richesses, il ne faut pas l’oublier. »

Le groupe des marmottes tentera en juillet 2018, de gravir l’Aguille d’Argentière, sommet du massif du Mont-Blanc qui culmine à 3901m et entrevoie déjà 2019 pour réaliser un de leurs rêves, se rendre au Népal, au camp de base de l’Everest, le Kala Patthar (5643m) puis tenter l’ascension du sommet Island Peak, qui culmine à 6189m.

Plus de photos de l’ascension du Kilimandjaro :