Examen du 6e dan : paroles de gradés
Grades

Examen du 6e dan : paroles de gradés

17 décembre 2014 - FFK / Grades

Ils étaient tous réunis, ce vendredi 12 décembre au soir, dans la grande salle de la FFKaraté que certains voyaient pour la première fois. Ils étaient là pour écouter le discours chaleureux du Président Didier, lever la coupe de l’amitié, mais avant tout, bien sûr, pour recevoir la trace symbolique de leur accomplissement, la ceinture Rouge et Blanche du haut grade qu’ils étaient venus défendre le même jour. Etre 6e dan, c’est comment ? Paroles de nouveaux (hauts) gradés…

© FFKDA / DR
© FFKDA / DR

Le soir, au repas, le Président de la Fédération Francis Didier a conclu un allocution improvisée par des mots de remerciements : « merci à tous d’être venus, certains de très loin, pour accepter de vous faire juger par vos pairs ». Parmi le groupe des nouveaux impétrants à avoir fait cette démarche importante, Jean-Yves Bidaut, 59 ans, professeur de Kempo à Lafarlède du côté de Toulon, vice-Président du Comité du Var et de la Ligue Côte d’Azur, Rabah Louali, 67 ans, professeur de Karaté Shotokaï au Centre d’Etude de Karaté Shintaido à Alfortville (ainsi qu’à Choisy-le-Roi et à Ballancourt) et Roger Barandoni, 55 ans, Président du Yasuragi Karate-Do Eyguierien, dans les Bouches du Rhône.
Pourquoi passer un sixième dan ? Quels obstacles traversés ? Quelles impressions on en retire ? Nos questions, leurs réponses.

Pourquoi avez-vous décidé de passer le sixième dan ?
« Parce que le temps était venu » répond simplement Roger Barandoni, ému de son aventure parisienne, qui cache sous ces mots simples toute la richesse et la force d’un parcours de vie, celle d’un ancien conducteur de travaux, gravement blessé dans un accident, et choisissant de transmettre la passion du karaté et de devenir éducateur spécialisé dans les chantiers d’insertion, en lien notamment avec les monuments historiques. « Le karaté, c’est trente-cinq ans de ma vie et il fallait passer ce cap pour continuer sur la Voie ».
« Parce qu’on ne peut pas l’avoir deux fois » répond en souriant Rabah Louali. Qui explique aussi avoir hésité longtemps, par éthique, car Gichin Funakoshi, à l’origine, avait fixé le cinquième dan comme grade maximum. « Avec le temps, j’ai fini pas comprendre que je ne pouvais pas en rester là. Les experts fédéraux ne sont pas 5e dan. Alors j’ai décidé de passer ce grade pour promouvoir notre style et pour amener plus loin des élèves qui sont aujourd’hui 3e et 4e dan ».
Une motivation qu’il partage avec Jean-Yves Bidaut, qui sentait qu’il était de sa responsabilité de ceindre la ceinture Rouge et Blanche pour « tirer tout le monde vers le haut » autour de lui. « C’est Dominique Valéra, dans un stage fédéral, qui m’a en quelque sorte aidé à sauter le pas. Il était très convaincant sur l’importance de savoir prendre, mais aussi de savoir redonner. J’aime l’idée de transmission, il fallait que je le fasse ».

Quelle a été la difficulté majeure de cette préparation ?
« La difficulté est sans doute que nous avons beaucoup de liberté » explique Jean-Yves Bidaut. « C’est un confort et une responsabilité… car si on peut faire ce qu’on veut, il faut être vraiment bon ! Et il faut éviter l’écueil de vouloir tout montrer aussi ». Rabah Louali n’a pas eu le sentiment de souffrir dans sa préparation et pendant l’examen, malgré les aléas de la démonstration. « Je le répétais à ma partenaire : tout se passera bien. Ce n’est pas une lettre à la poste, c’est un examen difficile, mais une fois lancé, j’étais sûr d’aller au bout ». Il lui a fallu tout de même faire face à un coup du sort : une blessure au pied qui le faisait encore boiter bas au soir de cette journée particulière. « Cela faisait quinze jours que j’étais blessé, mais il n’a jamais été question de renoncer ». Quant à Roger Barandoni son obstacle principal fut… « le mémoire. C’était difficile pour moi de transcrire par l’écrit. C’est par le geste que je montre et que je m’exprime. Je suis un tactile ».

Combien de temps avez-vous pris pour préparer ce passage ?
Pour Jean-Yves Bidaut, ce fut un an d’une progressive montée en puissance après la décision initiale. « Mais je donnerai comme conseil de se prendre tout de suite au sérieux, c’est-à-dire de s’y mettre et d’y croire, de ne rien lâcher, car c’est tout de même beaucoup de travail ». Un an de plus pour Roger Barandoni. « J’étais prêt l’année dernière, mais j’ai choisi de me consacrer à l’organisation avec la ligue de la Coupe pupille-benjamin, qui était un gros projet collectif. Je ne regrette pas. En fait quand je dis que j’étais prêt, j’avais tout de même une sacrée boule au ventre avant de commencer… ». Quant à Rabah Louali, qui avait ce passage en tête depuis trois-quatre ans, il a le mot définitif sur ce sujet : « Je m’y prépare depuis des années ! Depuis toujours sans doute. Ce ne sont pas les derniers mois, mais tout un parcours qui est jugé ».

Comment avez-vous vécu le passage et la cérémonie de remise de la ceinture ?
Tout le monde s’accorde à louer la qualité de l’organisation et à remercier « de sa chaleur, de son accueil et de sa tolérance » le jury prestigieux qui les a reçu et observé. Jean-Yves Bidaut, touché par la cérémonie de fin de journée, a trouvé l’examen lui-même « très physique ». « Dans notre style, il y a beaucoup de corps à corps et de projections. C’était épuisant physiquement et nerveusement ». En sage expérimenté, Rabah Louali rappelle que la ceinture nouvelle, ne le rend « ni plus fort ni meilleur qu’hier », mais que ce « permis de conduire » les esprits et les corps vers le haut par le karaté est très important.
Enfin, toujours chargé de l’émotion puissante de cette journée, Roger Barandoni se remémore : « Je suis passé en dernier, j’ai montré ce que j’avais montré, j’ai tenté de répondre aux questions… je me suis surtout montré à moi-même ce que je pouvais faire. Le moment le plus fort, c’est peut-être, après avoir démontré son propre karaté, de les voir hocher la tête de sa façon approbative. Ce qui se passe à moment-là, et plus tard avec cette ceinture, dans ses lieux, c’est tellement honorifique que je n’ai pas les mots… Quand on sort de ce passage décisif, on se dit que la passion, la vocation, cela doit se transmettre. Je pense qu’il me reste une mission aujourd’hui, continuer à promouvoir et à développer le karaté-do ».
On ne peut pas mieux dire.

Retrouvez les photos de la cérémonie dans la galerie photos.