Arbitrage Mondial, 100% de réussite française !
Arbitrage

Arbitrage Mondial, 100% de réussite française !

13 novembre 2017 - Arbitrage / Karaté

Alors que les championnats du Monde Cadets, Juniors, Espoirs se déroulaient fin octobre, à Santa Cruz de Tenerife (Espagne), un autre événement majeur se jouait en amont de la compétition, à savoir l’examen de juge et/ou arbitre mondial. Pour cette nouvelle session, deux français étaient en lice. Franck Chereau se présentait pour les titres de juge A kata et juge A combat, tandis que Jean-Marie Granouillet passait pour sa part l’examen de juge A combat uniquement. Résultats des courses, 100% de réussite ! Rencontre avec ces deux pontes de l’arbitrage français.

Article - Examen Arbitrage Mondial tenerife (1)
Jean-Marie Granouillet (gauche) et Franck Chereau (droite) avec leurs diplômes mondiaux. © DR

Comment se sont déroulés vos examens mondiaux ?
Jean-Marie Granouillet : Eh bien pour ma part je me présentais à l’examen de juge A combat, tandis que Franck, lui se présentait aux deux examens, juge A combat et juge A kata. En effet, il a commencé les deux parcours simultanément, tandis que moi j’entamerai celui des katas à partir du Karate 1 – Premier League de Dubaï (16-18 février 2018).
L’examen combat se tenait sur deux jours, l’un dédié à la théorie, l’autre à la pratique. Nous étions peu de candidats, de l’ordre de 140 il me semble. L’examen en tant que tel se composait, pour la théorie, de 70 questions à choix multiples. Concernant la pratique, l’usage veut que nous jugions 7 combats, toutefois le fait que nous ayons été peu nombreux, nous a permis d’en juger 9.
Le rôle du Kansa (= superviseur), a également été mis en avant, car il s’agissait du premier championnat du Monde lors duquel la règle du senshu était mise en place. En ce sens, nous avons tous été mis dans ce rôle à un moment ou un autre, afin de pouvoir assurer le jour J !

Franck Chereau : Côté Kata, l’examen se déroulait également sur deux journées. Nous avons d’abord eu le droit à une lecture du règlement pendant une trentaine de minutes, avant d’entrer dans le vif du sujet avec l’examen théorique, un QCM de 50 questions. Suite à cela, les membres de la commission mondiale d’arbitrage, issus de styles de karaté différents, nous ont fait une démonstration pendant trois heures, afin de nous montrer les techniques spécifiques à telle ou telle pratique. Ensuite, nous avons été scindés en deux groupes, afin de passer à la pratique.
L’examen pratique consistait à juger 10 rencontres sur vidéo. Nous devions déterminer qui était vainqueur, s’il y avait sujet à disqualification, tout en argumentant et expliquant sur quels critères de jugement nous nous étions basés.

© Denis Boulanger / FFK
© Denis Boulanger / FFK

Vous vous étiez préparés de manière spécifique pour cette échéance ?
JMG : Oui, j’ai révisé tout l’été ! Et si j’avais voulu ne pas le faire, je n’aurais pas pu, car Bruno Verfaillie s’est rappelé à notre bon souvenir très régulièrement ! Il nous poussait à bachoter, afin qu’on obtienne nos exams ! (rires)
Pour la théorie il s’agit de connaître le règlement par cœur. Je me suis beaucoup référé au site internet de la Commission Nationale d’Arbitrage (CNA), qui a mis en place une plateforme en ligne sur laquelle on peut passer des examens blancs quand on le souhaite, depuis chez nous ! Ces questions sont posées en conditions réelles, nous avons 70 interrogations, et pour chacune d’elle nous disposons de 15 secondes pour répondre, contre 17 le jour de l’examen mondial ! Ça m’a été très utile, d’autant que les questions sont toujours différentes et aléatoires ! Niveau pratique, je me suis entraîné face à mon miroir. Comme un technicien répèterait son kata, je révisais la gestuelle d’arbitrage. J’ai également visionné des combats, pour capter tous les angles d’une technique afin de bien me remettre dans le bain.

FC : Pour ma part j’ai débuté ma préparation début août. J’ai moi aussi beaucoup été sur le site de la CNA, je crois bien que j’ai répondu à près de 3000 questions ! (rires) J’ai vraiment appris le règlement par cœur, aussi bien en combat qu’en kata.
Contrairement à Jean-Marie, je n’ai pas travaillé la pratique plus spécifiquement. J’y faisais d’autant plus attention lorsque j’officiais en compétition, mais c’était tout. C’est vrai qu’après Linz, où nous avons passés nos premiers titres mondiaux, j’avais une idée de comment se déroulait ce type d’examens. Je savais où j’allais, ce qui m’a permis de bien gérer le stress et de ne jamais me laisser déborder. Au départ il y a un peu de pression, mais une fois qu’on est dedans, on oublie tout. Les automatismes reviennent et la pression disparait. L’élément sur lequel j’avais le plus de stress, et cela restait quand même modéré, était l’examen kata, car je souhaitais réellement le réussir. Il s’agissait du dernier titre à obtenir pour moi au niveau des katas, et cela me tenait vraiment à cœur.

A la veille de la compétition vous avez eu les résultats, 100% de réussite côté français, félicitations ! Cela vous a-t-il permis d’officier directement sur ces championnats du Monde ?
FC : Oui ! Le premier jour des mondiaux était dédié aux techniciens, j’ai donc pu juger dès l’ouverture de la compétition, ce qui était super. Je ne pense pas avoir réalisé d’erreur, puisque je me trouvais toujours dans la majorité décisionnelle et que le responsable de tatami où j’officiais m’a désigné parmi les cinq juges qui arbitreraient les petites finales et finales, sous réserve qu’il n’y ait pas d’athlètes français engagés bien sûr. J’ai été agréablement surpris par ça !
J’ai donc pu arbitrer un match pour le bronze, ainsi qu’une finale ! Une grande fierté, car à ce moment-là, je me suis vraiment rendu compte que désormais je pouvais juger le gratin mondial !

JMG : J’ai moi aussi pu juger plusieurs combats ! De l’ordre de 10 à 12 par jour ! Ce que j’ai beaucoup aimé, c’est que j’ai pu assurer l’ensemble des fonctions qui sont imputées au juge. J’ai même été dans le rôle du superviseur assistant. En effet, du fait de l’olympisme et afin de ne perdre ni trop de temps ni d’avoir trop de monde sur les tatamis, le superviseur assistant vérifie les accréditations, la bonne mise du kimono et des protections etc… Et cela en amont du combat, pas sur le tatami !

Déjà l’an passé vous vous étiez présentés ensemble à la première étape de l’examen mondial… C’est important pour vous d’être à deux ?
FC : Au-delà de nous deux, il y a également Denis De Ranieri, Marie-Rose Le Kim, Hugues Micholet et Bruno Verfaillie, qui nous accompagnent à chaque déplacement, du fait qu’ils officient sur les grands championnats. Oui c’est agréable d’être à plusieurs, mais selon moi hors du cadre de l’examen. Car justement cela nous permet de parler d’autre chose, de se changer les idées. Nous sommes une bonne équipe, et si partir deux semaines peut paraître long, grâce à ce groupe tu es quand même content d’y aller !

JMG : Je rejoins Franck, et je dois admettre que nous avons été particulièrement bien encadrés. Raphaël Ortega, membre de la commission mondiale d’arbitrage, était également là pour nous. Même si évidemment il ne s’agit pas d’être avantagé ou favorisé ! Il s’agit juste de se savoir soutenu, et ça compte beaucoup.
Et avec Franck… Oui nous avons désormais l’habitude de partager notre chambre pendant 12 jours ! (rires) Plus sérieusement, nous nous entendons très bien, il y a d’ailleurs une vraie bonne ambiance entre nous tous, comme l’a justement dit Franck. En fait on est comme une grande famille pendant l’examen. On mange ensemble, on dort ensemble, on se déplace ensemble… C’est très familial comme atmosphère. Et puis on se soutient mutuellement, quand l’un est un examen, l’autre n’est jamais loin !

Un dernier mot, une dernière impression au sujet de ces championnats du Monde jeunes ?
JMG : Pour ma part, j’ai beaucoup apprécié le fait que le DTN, Dominique Charré, nous convie au débriefing des athlètes. Il s’agissait d’une part de nous présenter, afin que les jeunes nous identifient, et d’autre part, le message passé par le DTN était que nous n’étions qu’un seul et même groupe. Tous cousins de par nos fonctions différentes, mais membres d’une seule et même grande famille.
Sinon, en termes d’ambiance, j’ai beaucoup apprécié ces championnats, où dans l’ensemble tout s’est bien déroulé. Exceptés les changements de lieu à la dernière minute… Ah, et j’ai également été très surpris par l’escorte policière matinale de notre navette depuis l’hôtel jusqu’au stade, avec notamment la présence d’un garde du corps armé dans notre bus !

FC :  Dans l’ensemble ça s’est bien passé. Et puis le soleil était au rendez-vous, donc parfait ! (rires) Non, en réalité, je garde un goût un peu amer de ces championnats, au niveau des résultats tricolores. Comme Jean-Marie l’a évoqué, nous sommes une seule et même équipe, et bien que je sois très content d’avoir décroché mon examen, je trouve dommage que la France finisse avec si peu de médailles. On est déçu. Et puis, on a, dans une certaine mesure, notre part de responsabilité. C’est nous arbitres, qui, au travers de l’arbitrage des compétitions nationales, sélectionnons les athlètes qui tendent vers le haut-niveau… Nous avons notre part de responsabilité.